Monsieur le représentant du Ministère public, nous vous entendons dans vos réquisitions.
« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Jurés,
Ne vous laissez pas tromper par l’apparente respectabilité de l’homme qu’il vous appartiendra de juger aujourd’hui, en votre âme et conscience.
Quel merveilleux acteur que notre Monsieur X !
Non pas que cet individu méprisable ait du talent, mais simplement une stupéfiante incapacité à se remettre en question.
Un être borné qui s’enferme dans un rôle presque convaincant de mari modèle, victime du départ de Françoise, et qui y croit.
Nous pourrions peut être y croire nous aussi, Monsieur X, si vous n’étiez trahi par ce regard gris tellement froid.
Nous sommes las de vous entendre énoncer vos qualités, prenez la mesure de vos erreurs et baissez les yeux.
Mais surtout, cessez de brandir la dépression de Françoise comme étendard de votre innocence.
Non, Monsieur X., le bourreau ne sera pas victime ! Pas ici !
Non, nous n’allons pas reprocher à la victime d’avoir réussi à fuir !
Votre défense nous offense Monsieur X, abordez plutôt le vrai sujet :
Pourquoi cette dépression ?
Mais qu’était donc devenu le quotidien de Françoise ?
Et bien Monsieur X, ce que vous nous cachez, à nous comme à vous même, ce sont les 7 péchés conjugaux :
- La paresse d’un homme caché dans son bureau parce que c’est moins fatigant que d’élever des enfants,
- la gourmandise d’un porc de 100 kg,
- l’envie de posséder l’esprit de sa femme, de contrôler ses pensées,
- l’orgueil d’un chef de clan rival de sa belle famille,
- l’avarice d’une séparation sans aide financière,
- la luxure dans un lit conjugal encore tiède d’une séparation si récente,
- et la colère d’un père prêt à toutes les horreurs pour maintenir sa garde alternée.
Françoise se dresse aujourd’hui fièrement devant vous, mais elle n’aura pas sa revanche.
Oui Françoise espérait tellement que Monsieur X souffrirait à son tour, au moins un peu, qu’il supplierait, qu’il regretterait, qu’il essaierait encore de la retenir, qu’il changerait et peut être qu’ils se retrouveraient.
Mais Monsieur X a fait preuve d’une étonnante capacité d’adaptation. Il est déjà tellement heureux aujourd’hui dans sa nouvelle vie, avec sa maison, ses meubles, ses enfants, son chien, ses amis, ses amies, sa bonne conscience de celui qui n’assume pas la responsabilité du départ, son indifférence aux difficultés de Françoise puisque c’est le prix de la liberté qu’elle voulait. Et tant pis, ou tant mieux si elle a mal mesuré les conséquences. C’est à se demander s’il l’a jamais aimée.
Monsieur X lui a même volé la fin de l’histoire.
Alors Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Jurés, je vous demande une sanction exemplaire pour rétablir Françoise dans sa dignité, pour qu’elle sache tout le mépris que la société éprouve pour cet individu manipulateur, égocentrique et destructeur. »