Cher Monsieur le banquier,
Il n’a sans doute pas échappé à votre sagacité qu’aux indécentes dépenses habituelles de ma femme, s’étaient récemment rajoutés mes frais d’avocat, créant un découvert objectivement irréversible.
Connaissant votre spectaculaire esprit déductif, je ne pense pas pouvoir vous dissimuler ma situation plus longtemps, et c’est sans honte ni vergogne que je vous annonce : mafemmesebarre.com.
Je devine votre inquiétude quant au paiement de la pension alimentaire et de la prestation compensatoire.
J’aimerais sincèrement vous rassurer, mais je me dois de vous dire que l’avocat adverse majore chaque semaine le montant de la prestation compensatoire demandée d’environ 50%.
Je doute que vous puissiez me proposer un placement susceptible d’enrayer cette inflation aussi galopante que ma femme.
Il est inutile de me rappeler que nous n’avons pas fini de payer ne serait ce que les intérêts de l’emprunt sur la maison qu’il faudra vraisemblablement brader dans les meilleurs délais.
Au-delà de ce cataclysme financier qui va s’abattre sur vous comme la syphilis sur le bas clergé, je sollicite bien évidemment la séparation de nos comptes, et la clôture du compte-joint.
Libre à vous de conserver mon ex-femme comme cliente et de lui laisser sa carte bleue. Pour ma part, je pense que cela équivaut à confier un 44 Magnum à un enfant de 7 ans. Ceci étant, il faut parfois laisser faire la nature, et vous pouvez espérer que le rythme infernal imposé à cette fragile petite carte aura rapidement raison de sa santé précaire.
S’agissant des agios, je me permets de trouver votre comportement quelque peu infantile. Je n’arrive pas à boucher le trou et vous persistez à creuser. Si vous n’y mettez pas un peu du votre, nous allons nous écraser, sachez-le.
Si je n’abuse pas, il me serait aussi agréable de me voir accorder une autorisation de découvert conséquente, voire un petit crédit à la consommation.
Espérant que ces vulgaires considérations financières ne viendront jamais entacher cette amitié déjà ancienne qui nous lie, je vous prie d’agréer, Monsieur le banquier, l’expression de ma plus haute considération.