Bien évidemment la séparation des parents a des répercussions sur les enfants. D'abord, il va falloir leur annoncer, puis opter pour un mode de garde, et enfin gérer.
Pas simple.
ON LEUR DIT QUOI ?
La vérité : Inutile de tourner autour du pot, ils vont bien finir par s'apercevoir Françoise n'est plus là ou que la maison a changé. Même à trois mois. Si c'est toi qui me lis, Françoise, même enceinte !
Et autant leur annoncer tout de suite. Tout de suite, c'est à dire dès que la décision est prise et qu'elle est irrévocable. Pas avant.
Si possible, on l'annonce à deux. L'attitude « vas-y toi, puisque tu veux te barrer » n'est rien d'autre que de la lâcheté, et tu ferais plus de mal à tes enfants qu'à Françoise. Si tu veux l'emmerder, vas plutôt glaner quelques idées dans la rubrique Emmerder Françoise au-delà du raisonnable. Et laisse tes gamins tranquilles.
Sans se contredire, sans crier. Et sans pleurer : si le capitaine du bateau t'annonce en pleurant à chaudes larmes qu'on prend le large et que tout va bien se passer, tu y crois moyen, non ?
Mais pas toute la vérité. On leur dit ce qui les concerne. Pas plus. Leurs parents ne vivront plus ensemble. Leur décision est prise. Inutile de préciser que Françoise n'est qu'une salope sans cœur.
Les enfants ne divorcent pas de leurs parents. Il faut leur faire comprendre que si le couple amoureux n'existe plus (Bruno et Françoise se séparent), le couple parental subsiste : Papa et Maman vous aiment et ils continueront à prendre les décisions vous concernant en commun.
Cette distinction est fondamentale. Et pour une fois que les psys sont unanimes sur un sujet, on en profite et on applique.
Inutile d'en faire trop non plus ! J'ai lu sur internet que pour expliquer à ses enfants la différence, un type s'était attaché avec du fil à sa femme, puis avait attaché chacun des parents à chacun des enfants, et fini par couper le fil qui le reliait à Françoise. « Vous voyez les enfants, seul le fil entre Françoise et moi est coupé, on reste vos parents ! » Ca me parait un peu délirant à mettre en place.
OPTER POUR UN MODE DE GARDE
Bien évidemment, en cas de conflit ouvert, et dans le cadre d'un divorce pour faute, la résidence des enfants a de fortes chances d'être fixée par le juge chez un seul des parents, l'autre ayant la garde des enfants un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.
Attention : sans vouloir donner de conseils, il faut savoir que 90 % des divorces pour faute le sont aux torts partagés.
De plus, la résidence des enfants est fixée chez la mère dans plus de 80 % des cas, et on estime dans ce cas que 10 ans après le jugement, seuls 10 % des enfants de divorcés voient encore leurs pères.
Aussi, dans la mesure du possible, essayez de divorcer par consentement mutuel. Prenez le temps de réfléchir au contrat. La moitié des divorces retourne au tribunal.
Depuis la loi du 4 mars 2002 il est possible de choisir une résidence en alternance pour les enfants en cas de séparation de leurs parents. Une enquête, réalisée sur un échantillon représentatif de décisions permet de disposer d’éléments d’information sur le recours à cette formule. Cette étude est détaillée dans la rubrique « Dura lex sed lex / Les enfants ».
Que penser de la garde alternée ?
Les psys semblent assez partagés sur le sujet, mais d'une manière générale, ils ont tendance a considérer que ce mode de garde n'est pas recommandable pour de jeunes enfants (avant 6 ans).
En pratique, les juges s'entourent de beaucoup de précautions, notamment quand au réalisme du projet. Inutile de l'envisager si Françoise s'est barrée à plus de 30 km. Ce qui semble raisonnable, puisque les enfants ne peuvent (et c'est heureux) être inscrits dans deux écoles différentes.
La loi étant récente, on manque un peu de recul sur les répercussions d'un tel mode de garde. Néanmoins, il est très répandu autour de nous, et les principaux intéressés ont l'air assez satisfaits. Pour les parents, c'est la possibilité de voir régulièrement leurs enfants et de partager réellement leur quotidien : devoirs, copains, activités extra-scolaires. C'est aussi celle, les semaines sans enfants, de renouer avec une chouette vie de célib sans être obligé de leur présenter tout de suite le boudin de la nuit dernière.
C’est aussi l’occasion de dire au boudin de vite partir parce que les enfants reviennent…
Du côté des enfants, ça se passe bien aussi. Ils sont contents de voir Papa et Maman régulièrement et font preuve d'une déconcertante facilité d'adaptation. Ils ont aussi des parents plus dispos puisque ces derniers savent bien que la semaine prochaine, ils auront tout le temps de bosser ou de faire la fête, ou mieux, les deux.
A vous de voir...mais « il faut tout un village pour élever un enfant » !
GERER
Quelque soit ton mode de garde, il y a des choses à faire et d'autres à ne pas faire :
- Ne dis pas de mal de Françoise. Eux entendent du mal de leur Maman. Et ça fait de la peine à tout le monde d'entendre du mal de sa Maman. C'est valable pour toi aussi, Françoise ! Si tu veux dire du mal de Bruno, appelle une copine, hors de leur présence. Et ne dis pas de mal de leurs grands-parents non plus !
- Dans la mesure du possible, évite les déménagements. Les enfants ne divorcent pas de leurs parents. Pourquoi devraient-ils faire une valise toutes les semaines ? Chacun doit avoir un petit stock de fringues. Au minimum les affaires de toilettes !
- Si vous avez du mal à vous parler sans vous étriper, ne réponds pas au téléphone en présence des enfants. Tu rappelleras.
- Si le transfert des enfants ressemble à un échange de transfuges ou d’espions au Checkpoint Charly, amène tes enfants le lundi matin à l’école et Françoise ira les chercher le soir. On inverse le lundi suivant.
- Si ton enfant réclame Françoise, propose lui de lui téléphoner. Mais ne remets pas en cause l'alternance décidée. Explique-lui, puis propose une partie de Uno.
- Lorsque ton enfant est chez Françoise, si tu as envie d'appeler, ne le fais pas le soir. Il y a des chances pour que cela lui file le cafard. S'il est en plein Monopoly avec son frère et ne veut pas te parler, n'en fais pas une salade. Ca prouve qu'ils sont heureux.
- Si c'est possible, pourquoi ne pas conserver la même baby-sitter ? Un élément stable pour les enfants au milieu du chaos... A condition de choisir une fille discrète, qui n'aille pas raconter la vie de Françoise. A condition aussi, de ne pas lui faire subir des interrogatoires de flic, hein, mon Bruno ?
- Les enfants sont des éponges, efforce-toi d'être heureux ! C'est ton devoir de parent. On ne transmet que ce que l'on est, pas ce que l'on dit.
Pensez à Prévert : « Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. »
Allez ! ça va bien se passer... Au fait, juste pour info, aucune étude digne de ce nom ne prouve que les enfants de divorcés réussissent moins bien à l'école que les autres...