« Je ne rentrerai pas ce soir, je ne rentrerai plus ». Et c’est le grand tourbillon des images qui deviennent floues, des mots qui s’en vont et des peurs qui te saisissent. Tu te sens tomber, toi et ton monde, toi et toute ta vie. Comment on a pu en arriver là ? On va revenir en arrière, on va rattraper tout ça, on retrouvera hier. On va faire ploum ploum, on va y croire encore, on va…
On va rien du tout.
On va se séparer, on va se détester et on va divorcer.
Mais alors demain c’est quoi ? Nos enfants engourdis, notre histoire réécrite, nos souvenirs salis.
Et demain c’est qui ?
Demain c’est rien et c’est personne.
Alors demain ne sera pas, parce que demain ne peut pas être.
Tu veux mourir.
Tu veux vraiment mourir ?
Fais-le.
Si si ! On est tous d’accord avec toi.
Mais ne te presse pas, et fais le bien.
Offre-toi les services du tueur le plus efficace : le temps.
Retiens la méthode la plus sûre : vis.
Vis et tu mourras, ne t’inquiète pas, ça se fera tout seul.
En attendant, respire la vie à pleins poumons, fais tout ce que tu n’as pas fait, profite.
Pense aux contraintes parties avec Françoise.
Ressors tes projets insensés, rencontre des gens différents, ridiculise ton passé.
Cherche un peu, il doit bien exister dans ton ancienne vie d’homme marié quelques frustrations, quelques envies inassouvies, quelques petits regrets que tu trainais courageusement.
Et bien c’est le moment de faire tout ça, et sans attendre.
Tu vivais avec une connasse végétarienne ? Fais-toi péter une côte de bœuf.
Mets-toi au parachutisme, change de boulot, nique à couilles rabattues, tente l’Anapurna, vas camper 2 semaines en Creuse, verse du nuocmam dans la ventilation de la voiture de ta belle mère, achète un bateau télécommandé pour emmerder les canards du jardin public, soutiens le PSG avec un maillot de l’OM, paie-toi une ZX break à crédit, vas boire un verre sur le port, fais une rumba d’enfer, fais n’importe quoi, mais réponds à tes envies.
Quand tu sentiras des picotements au bout des doigts, tu seras vivant.
On connait même des gens qui ont créé un site quand leurs femmes se sont barrées. Ils ont sans doute pensé un peu comme toi au début de cette rubrique, mais ils sont de moins en moins pressés de voir la mort arriver…